Pourquoi attaquer Verdun en 1916 ?

– Mythique, titanesque, sanglante. Victoire du courage des « Poilus » pour certains, symbole de l’absurdité de la guerre pour d’autres. Tels sont les adjectifs et caractéristiques longtemps attribués à la bataille de Verdun, devenue le symbole sacrificiel de toute une génération de jeunes français. Nombre d’auteurs et de témoins ont laissé une impressionnante quantité de récits littéraires et épistolaires qui décrivent la bataille à hauteur de tranchée. La bataille de Verdun est également personnifiée par le courage et l’abnégation dont ont fait preuve des centaines de milliers d’anonymes. Mais elle est aussi personnifiée par des figures qui deviendront des références après la Grande Guerre. Citons le Colonel Driant avec ses Chasseurs à Pied, le Commandant Raynal au Fort de Vaux, ainsi que Philippe Pétain, toujours considéré comme l’artisan de la victoire défensive. Dans la mémoire nationale française, on a conservé l’image de la ténacité et de l’abnégation de centaines de milliers de « poilus » face à l’Armée du Kaiser, alors que les généraux de Berlin souhaitaient « saigner à blanc l’Armée française » par un « Grand Jugement ».

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Erich von Falkenhayn

– Cependant, l’interprétation de l’idée de « saigner à blanc » l’Armée française est souvent mal interprétée. Non, Erich von Falkenhayn ne souhaitait pas l’anéantissement complet de l’Armée française dans une gigantesque bataille d’attrition. Et encore non, il ne voulait pas effectuer une percée qui lui aurait ouvert les portes de l’Est de la France. Grâce aux travaux des historiens anglo-saxons, notamment Robert Foley, nous savons maintenant que l’objectif du Grand-Etat-major allemand visait ni plus ni moins à épuiser la France moralement pour lui faire perdre toute volonté politique à poursuivre la guerre et donc, la contraindre à ouvrir des négociations qui permettraient à l’Allemagne de sortir du conflit par le haut.
Ainsi, comme nous le verrons plus loin, le plan de bataille élaboré par von Falkenhayn est plus complexe qu’on ne le pense. Verdun était donc un objectif sans doute plus politique que militaire au sens propre du terme, comme un abcès de fixation pour le Gouvernement et le Haut-Commandement. Mais comme le disait Carl von Clausewitz, tout plan de bataille élaboré se heurte à des « frictions » aussi les combats engagés. Et ce sont certaines de ces « frictions » alliées à une résistance française plus tenace que prévue qui vont mettre en échec le plan de von Falkenhayn.

– Après cette introduction, il est nécessaire de revenir sur la situation stratégique en ce début 1916. Les deux camps ont atteint un point d’équilibre. En somme, il n’y a ni vainqueur, ni vaincu. A l’Est, les offensives austro-allemandes de Galicie de mai 1915 ont temporairement privé l’Armée russe de ses capacités offensives. Ceci dit, les troupes du Tsar n’ont pas encore été anéanties.
Sur le Front Ouest, l’adoption d’une stratégie défensive comme l’inconséquence et les mauvais choix des généraux alliés, leur ont permis de faire échouer chacune des grandes offensives alliées (Artois, Champagne et Vosges). En Italie, les Austro-Hongrois ont eux aussi adopté une stratégie défensive qui a fait leur succès face aux Italiens dans les Alpes.
Du côté de la Méditerranée et des Balkans, les Bulgares et les Turcs sont entrés également dans le conflit aux côtés des puissances centrales. La Serbie a été écrasée, provoquant le tragique exil des restes de l’Armée royale et d’une partie de la population civile vers Corfou. De leurs côté, les Ottomans ont remporté un grand succès stratégique face aux troupes du Commonwealth et aux Français à Gallipoli. Mais ils doivent faire face à la menace russe depuis le Caucase et à la menace d’une campagne britannique en Mésopotamie.

– Mais stratégiquement, l’Allemagne reste comprimée à l’est et à l’ouest. Plus grave encore, la Royal Navy lui impose un implacable blocus qui la prive de matières premières vitales à sa consommation intérieure, d’autant que la priorité est donnée à l’industrie de guerre. La Kriegsmarine a bien tenté de rompre l’étau en affrontant la Royal Navy au Jutland par une bataille qu’elle souhaitait décisive. Mais si les Allemands ont subi moins de pertes que les Anglais, la bataille du Jutland a contraint Berlin à ne plus sortir ses cuirassés en haute-mer. Le grand état-major a donc recours aux submersibles, sous-marins et navires corsaires pour harceler les lignes commerciales de Londres. Malgré des torpillages impressionnants, la donne stratégique navale reste donc en faveur de la Grande-Bretagne et de ses alliés. Pour les stratèges allemands, deux questions se posent. Comment sortir du conflit en vainqueur – ou sans être perdant – et où frapper ?

– QUELLE BATAILLE POUR QUELS OBJECTIFS ?

– Reprenons maintenant les mots de l’historien britannique Robert Foley. Dans ses Mémoires rédigées après la Première Guerre mondiale, Erich von Falkenhayn explique que son but n’était pas de s’emparer du secteur fortifié de Verdun ou encore, de remporter une victoire qui aurait permis à l’Armée allemande de remporter la guerre sur le Front de l’est. Selon ses mots, l’offensive le long de la Meuse devait servir comme une « pompe » pour « saigner l’Armée française à blanc » et contraindre le Gouvernement français de signer une paix avec l’Allemagne. Pour soutenir son propos, l’ancien Chef d’Etat-Major Général s’appuie sur le texte d’un mémorandum qu’il aurait soumis à Guillaume II « vers Noël 1915 » et dans lequel il détaillait les plans pour vaincre l’Entente.
Mais après la publication des Mémoires de l’ancien général allemand, le doute plane sur l’authenticité de ce « Mémorandum de Noël ». Et même durant l’Entre-deux guerre, les historiens officiels allemands de la bataille de Verdun ne peuvent mettre la main sur ce document parmi les archives du IIe Reich. Incapables d’en trouver un exemplaire, les historiens ont donc conclu à une fabrication de toute pièce de von Falkenhayn afin de souligner l’échec de sa campagne.

– Pour les historiens militaires allemands – anciens officiers d’état-major pour nombre d’entre eux – imprégnés de l’idée de la bataille décisive et la manœuvre, il est inconcevable qu’un général allemand recherche la victoire par une seule bataille de positions, aussi massive soit-elle. Ils en ont conclu que Verdun tendait vers une fin et n’était pas une fin en soi. Ils ont donc cru que von Falkenhayn recherchait une percée afin de lancer une manœuvre de grand style dans l’Est de la France et vaincre les armées de la IIIe République. Cette interprétation a été dressée par Gerhard Förster, puis plus récemment par Gerd Krumeich. A l’inverse, d’autres auteurs se sont montrés plus réservés sur les buts et les plans de von Falkenhayn comme ils transparaissent dans ses Mémoires. Certains sont d’accord pour dire que von Falkenhayn avait bien l’attention d’enfermer l’Armée française dans une bataille d’attrition mais qu’il n’a pas communiqué ses objectifs à long terme au Kronprinz et à l’état-major de la 5. Armee. Ce point de vue a été développé par Hermann Wendt en 1931, puis popularisé par Alistair Horne dans « The Price of Glory » (1962). Le biographe le plus récent de von Falkenhayn, Holger Afflerbach, en conclut que le « Mémorandum de Noël » a été rédigé après la Guerre. Afflerbach en vient aussi à accepter l’idée que l’objectif final recherché par von Falkenhayn était l’attrition des Français.

– Beaucoup d’éléments relèvent de l’incertitude concernant les buts et les méthodes de von Falkenhayn à Verdun. Premièrement, le Chef d’État-major Général n’a couché aucune de ses idées sur papier, peut-être pour garder le secret absolu sur son offensive. Tous ses exposés s’effectuaient par oral. Et d’autre part, la destruction de nombre d’archives militaires prussiennes durant la Grande Guerre a privé les historiens de sources précieuses et rend compliquée l’interprétation des plans du général du Kaiser.
Aujourd’hui dans l’art militaire, nous distinguons la Tactique de la Stratégie. En 1915-1916, cette distinction était très claire chez les belligérants. Mais il semble que le plan de Falkenhayn brouille lui-même les données. En effet, la direction de la bataille de Verdun semble vouloir compenser la faiblesse stratégique allemande par la force tactique. On sait grâce aux archives de l’état-major du Kronprinz Frédéric-Guillaume que von Falkenhayn interférait plusieurs fois dans les décisions tactiques. Or, comme ce fut le cas pendant la Grande Guerre, les commandants en chef (Joffre, Foch, Haig, Ludendorff) fixaient à leurs subordonnés les objectifs à atteindre selon un agenda précis mais laissaient une autonomie relative à leurs subordonnés pour les objectifs tactiques.
Il semble donc que von Falkenhayn communiquait ses idées à la 5. Armee comme à d’autres mais qu’elles n’étaient pas pleinement acceptées, du moins au début. Mais lorsque la bataille de Verdun se mua en une impasse sanglante, nombre d’officiers du Prince Frédéric-Guillaume en vinrent à accepter l’idée de von Falkenhayn, tout en critiquant ses méthodes.

– Pourquoi un choix à l’ouest au lieu d’anéantir l’Armée russe qui est en bien plus mauvais état que les Français et les Britanniques ? D’une part, issu de la caste des Junker de Prusse, von Falkenhayn se démarque de nombre de ses collègues par sa russophilie, ne voyant pas de profondes divisions entre son Empire et celui du Tsar. Par conséquent, il pense que les Russes seront plus enclins à signer une paix séparée et honorable tôt ou tard. Mais sur le plan des opérations, il pense que si la Kaisersheer peut remporter d’éclatantes victoires à l’Est, l’Armée russe pourra toujours profiter de l’immensité du pays pour se dérober et ainsi, ne jamais être anéantie. Grand lecteur de l’histoire de la Grande Armée, von Falkenhayn ne voit pas où se trouve l’intérêt de l’armée allemande à s’aventurer dans les immensités du territoire russe.

– S’il est russophile, von Falkenhayn est très hostile à la Grande-Bretagne. En ce sens, il veut tenter de rompre l’alliance franco-anglaise. Et pour cela, il faut évidemment frapper à sur le Front de l’Ouest. Si la France signe une paix avec l’Allemagne, la Russie lui emboîtera le pas et l’Angleterre n’aura plus qu’à retourner dans son « splendide isolement ».
Mais tous les généraux allemands n’adoptent pas les vues de von Falkenhayn. Les « Dioscures » Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff pensent que l’Allemagne est capable de gagner la guerre sans l’option diplomatique. On peut constater ici deux conceptions différentes. Si Falkenhayn subordonne la Guerre à la Politique, restant ainsi fidèle à Carl von Clausewitz, Ludendorff et Hindenburg font exactement l’inverse, ce qui limite fortement les solutions diplomatiques à une sortie du conflit.
Le souci, c’est que « Castor et Pollux » (comme on les surnomme) ont des arguments de poids, comme leurs succès face aux Russes (Tannenberg, les Lacs Mazures et la Galicie), alors que von Falkenhayn ne peut mettre en avant que son échec de percée de la première bataille d’Ypres. En outre, chacun joue de son influence auprès de Guillaume II. Contrairement à l’image d’Epinal, le Kaiser est hésitant et très influençable. S’il éprouve du mépris pour Ludendorff et respecte von Falkenhayn, il est très intimidé par la figure tutélaire de von Hindenburg. Et plus le conflit avance, moins Guillaume II impose ses décisions au profit de ses Généraux. Et ajoutons à cela la lutte intestine entre « les Dioscures » et le Chef d’Etat-major général qui ne prendra fin qu’à la fin de l’année 1916. Ludendorff et von Hindenburg militent auprès du Kaiser pour qu’il écarte von Falkenhayn du Grand Etat-Major. Voyant son autorité contestée et affaiblie, von Falkenhayn se garde bien de communiquer ses idées radicalement novatrices à d’autres officiers de la Kaisersheer et abat de plus en plus une chape de silence et de secret à mesure que son plan de bataille se dessine.

– Durant l’année 1915, von Falkenhayn s’efforce d’élaborer une approche que l’on appellerait « opérationnelle » pour justifier sa nouvelle vision stratégique. Mais celle-ci est entravée par son incapacité à communiquer sur cette question avec ses subordonnés.
Mais il trouve de quoi mettre ses idées en pratique en raison de la situation critique des troupes austro-hongroises sur le front russe. Convaincu que la vision des batailles décisives était dépassée, il souhaite utiliser les victoires sur le champ de bataille pour influencer la politique de Nicolas II. Il faut donc menacer quelque-chose auquel le Gouvernement russe tient particulièrement. Cela va donc à l’encontre de la traditionnelle – et illusoire – « bataille d’anéantissement » que préconisent les stratégistes allemands de la seconde moitié du XIXe siècle. Mais connaissant la conception de la vie humaine chez les généraux russes, von Falkenhayn estime que « punir » l’Armée russe ne sera pas suffisant pour forcer le Gouvernement à négocier. A l’inverse, avec la menace d’une perte de la Pologne, Nicolas II serait appelé à négocier. Ainsi, son offensive de 1915 consiste à non pas anéantir l’Armée russe mais à occuper des territoires de l’Empire.

– Mais pour que ce plan puisse fonctionner, il nécessite la coopération de la Diplomatie allemande. Ce qui n’est guère évident puisque le Chancelier Theobald von Bethmann-Hollweg n’a aucune confiance dans les capacités de von Falkenhayn. Il milite donc lui aussi pour son remplacement à la tête du GEM et fait preuve de mauvaise volonté pour soutenir les plans de von Falkenhayn. Il faut bien voir aussi que Bethmann-Hollweg est pressé par divers groupes (militaires et industriels) pour annexer des territoires ennemis. Et les idées stratégiques (iconoclastes) du CEM vont à l’encontre des mêmes groupes.
Et malgré les succès engendrés en Russie qui ont mené à la perte de 3 millions de soldats russes et à la mainmise sur la Pologne, les politiques et diplomates allemands ne sont guère enclins à trouver une issue diplomatique au conflit. Et bien sûr, ce manque de soutien sérieux pèse énormément sur les plans de von Falkenhayn. Même si ce dernier n’a pu infliger un coup fatal à l’Armée russe courant 1915, il a cependant réussi à stabiliser la situation. En avril 1915, le front austro-hongrois était au bord de l’effondrement. Mais en septembre, l’avance austro-allemande en Galicie a permis aux armées de la Triplice de s’enfoncer plus profondément dans le territoire russe. Du coup, le haut-commandement allemand pense (à tort) que les Russes ne pourront lancer de nouvelles offensives avant un certain temps. La menace écartée à l’est, Falkenhayn est en mesure de transférer des forces à l’Ouest pour son offensive de 1916.
En dépit de ses succès à l’est, von Falkenhayn ne peut rassembler que 25 divisions de réserve à l’Ouest, soit pas assez pour espérer remporter une victoire « décisive ». Le CEG est d’autant convaincu qu’il ne pourra remporter la victoire que par une unique approche. Toutefois, le manque de soutien de la Chancellerie le convainc qu’il ne faut pas chercher de soutien du côté de la politique nationale. La seule solution militaire semble recevable pour améliorer la position stratégique de l’Allemagne, en dépit de difficultés évidentes. Le plan élaboré par von Falkenhayn se base évidemment sur ce qu’il a déjà accompli, avec – selon les mots d’un de ses subordonnés – une approche opérationnelle « sans précédent dans l’Histoire ».

– LE CHOIX DE FRAPPER L’ARMÉE FRANÇAISE

– Von Falkenhayn veut donc frapper à l’Ouest mais visiblement pas contre les Anglais. Dans son « Mémorandum de Noël », il estime que les Britanniques sont des adversaires plus difficiles à battre que les Français, car leur armée n’a pas été pleinement engagée et Londres accroît son potentiel militaire mois après mois. Argument contestable au vu de l’inexpérience de l’armée organisée par Kitchener. Mais le Renseignement allemand fait état de 42 Divisions au début de l’année 1916, nombre qui pourrait atteindre 70. Il estime aussi que le moral des Britanniques est beaucoup plus élevé que celui des Français. Tout cela incite Falkenhayn à penser que les Français atteignent leurs limites, autant du point de vue humain que politique. Selon le général prussien, le système républicain et démocratique français est affaibli par une année et demie de guerre et son autorité est contestée, au regard des changements de Gouvernement (Briand a remplacé Viviani). Dans un Mémorandum rendu à von Bethmann-Hollweg, établi d’après les rapports de l’agent autrichien August Schluga Freiherr von Rastenberg en place à Paris, von Falkenhayn fait était d’un sentiment de lassitude de la part de la population française. Celle-ci tient les Gouvernements pour responsables. Mais s’il tient compte de la bonne foi des renseignements fournis par Schluga, von Rastenberg, von Falkenhayn ne tient pas compte des analyses dressées par le Renseignement. Les changements de Gouvernements sont fréquents dans la vie politique tumultueuse de la IIIe République.
Autre point, les rapports de Schluga font était d’un accroissement des tensions entre Français et Britanniques, avec même l’assertion comme quoi Paris craint que Londres n’annexe Calais ! Au sein de la population et des soldats, plusieurs rapports font état d’un ressentiment vis-à-vis des Britanniques, notamment sur leur prétendu manque de sacrifice en France, ainsi que de l’échec de Gallipoli qui leur est imputé. Un rapport de la 6. Armee établi d’après l’interrogatoire de prisonniers évoque que « l’idée que la France obéit à la Grande-Bretagne est largement répandu ».

– D’un autre côté, les rapports du front semblent indiquer à von Falkenhayn que l’Armée française connaît une nette phase d’affaiblissement. En novembre 1915, la General-Stabs-Nachrichtens-Abteilung (Section du Renseignement du Haut Commandement) estime que l’Armée française connaît un déficit en hommes à 400 000. Et ce en dépit, du recrutement de la Classe 16. Elle s’attend également à voir les Classes 17 et 18 également appelées sous les drapeaux en juin 1916. En raison des échecs répétés d’Artois et de Champagne, les officiers de renseignement de la 6. Armee font état d’un « moral bas, à quelques exceptions près. »
Ainsi, la France apparaît aux yeux des Allemands comme l’ennemi le plus faible à l’Ouest. Et von Falkenhayn espère capitaliser sur l’affaissement du moral national que peut provoquer les pertes humaines dans un pays à la démographie déclinante.

– Pour son plan de bataille, von Falkenhayn décide de s’appuyer sur son expérience de l’année 1915 en Russie afin de mettre en œuvre ses nouvelles idées d’approche opérationnelle adaptées à sa nouvelle stratégie. Il prend notamment exemple sur la 11. Armee d’August von Mackensen qui avait réussi à s’emparer de portions du territoire russe par une série d’attaques méthodiques sur des objectifs limités. L’artillerie pilonnait un secteur précis des lignes ennemies afin de permettre à l’Infanterie d’avancer sur dans des secteurs limités. S’il ne permit pas à l’Armée allemande de conquérir de vastes territoires, il infligea de durs revers humains et matériels à l’Armée du Tsar.
Autre enseignement, en septembre 1915 lors de l’Offensive de Champagne, les IIe et IVe Armées françaises – 27 divisions – avaient attaqué 8 Divisions allemandes avec un rapport favorable de 3 contre 1 pour l’Infanterie et 3,5 pour l’Artillerie. Mais Joffre avait vu trop grand face à des Allemands inférieurs en nombre mais solidement retranchés.
Ces éléments incitent von Falkenhayn à penser que des offensives limitées par une importante puissance de feu peuvent permettre à l’Armée du Kaiser de saisir des portions de territoires limitées tout en infligeant de lourdes pertes à l’Armée française. Ensuite, les troupes allemandes se placeront en position défensive pour infliger des pertes disproportionnées au regard des gains de terrain. En décembre 1915, Erich von Falkenhayn fait un rapport à Guillaume II sur son plan en cours de mise au point. C’est durant cet exposé qu’il aurait donc parlé de « saigner à blanc » l’Armée française, si l’on en croit Hans von Plessen, l’Adjoint du Kaiser et commandant du quartier général impérial.

– Comme l’explique John Mosier, les Allemands ont appris que pour le Haut-Commandement français, il incombe à l’Armée de reprendre les territoires perdus en 1914. En 1915, dans la région de Verdun, les Français ont lancé deux offensives qui se sont avérés très coûteuses en hommes sur la butte de Vauquois (Argonne) et aux Eparges (Woëvre). Et ce fut aussi le cas pour l’Artois et la Champagne. Pour von Falkenhayn, il faut inciter les Français à attaquer et s’épuiser pour reconquérir un secteur qu’ils auront perdu, intégralement ou partiellement. Et son œil se pose sur un point du front franco-allemand resté jusque-là relativement calme : le secteur fortifié de Verdun.

[Suite]

 

 

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