1915 : La généralisation des grenades à main

– Sans être un projectile de combat inconnu (on l’utilisait déjà aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle), la grenade à main connaît une généralisation de son emploi chez les belligérants. Arme offensive autant que défensive, elle a pour « vertu » d’offrir au fantassin une plus grande puissance de feu pour les combats de tranchées. L’article ci-dessous a pour but de passer en revue les différents types de grenades utilisés par les belligérants. Nous aborderons les grenades à fusil dans un article ultérieur.

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– A la fin de l’été 1914, les fantassins allemands peuvent apparaître comme les mieux armés avec leur emploi des Kügel Granate M1913. Ce projectile offensif, répandu en quantité limitée (à peine 100 000 exemplaires), est en somme toute rudimentaire puisqu’il consiste en un cylindre rempli d’explosif fixé à un manche en bois pour augmenter la portée de jet et d’un détonateur. Les Britanniques utilisent aussi des  grenades, plus particulièrement la Mark I 1908 explosant à l’impact. Mais ce modèle est coûteux à produire et distribué aux unités du Génie (Royal Engineers) pour la neutralisation de points fortifiés et non pour un assaut d’Infanterie. Chez les Français, les grenades sont elles aussi utilisées mais là encore, en quantité fort restreinte.

– La demande en grenades à main va donc croissant avec la stabilisation et l’enterrement des troupes dans les tranchées. Mais pour les belligérants, doter les unités d’infanterie de grenades à main s’avère une tâche considérable. Chez les Britanniques, cette mission revient à Sir Louis Jackson, chef du Département du Combat de Tranchés au sein du Ministère des Munitions. Par exemple, dès la fin 1914, Sir John French commandant du BEF, commande 4 000 grenades par jour. Sauf que l’industrie de guerre ne peut suivre pleinement et seules 2 500 peuvent être envoyés sur le front en novembre et décembre. Et encore, il s’agit là d’équiper les soldats de métiers du BEF qui n’ont pas été perdus en Belgique et sur la Marne. Avec l’arrivée de la New Kitchener’s Army sur le front, les services de French et du Ministère des Munitions tablent sur 50 000 projectiles à livrer par jour, ce qui est considérable. Et il faudra ensuite instruire les jeunes soldats inexpérimentés. Le Munition Ministry et l’État-major en Impérial pour les Anglais comme la Commission de l’Armée et l’État-major général français en arrivent chacun à la même conclusion. Pour assurer la demande, il faudra recourir à deux solutions : premièrement, convertir des usines existantes pour assurer la production et deuxièmement, inciter les soldats à fabriquer leurs propres projectiles en guise d’expédients.

– Sans perdre le lecteur dans des détails trop techniques, passons en revue les différents types de grenades utilisés pour les combats de tranchées. Tout d’abord chez les Français, ce sont les « Poilus » qui, parant au plus pressé, conçoivent leur première grenade avec du matériel rudimentaire afin de répondre aux Allemands. Il s’agit du « pétard-raquette » dont les premiers exemplaires sont fabriqués dans les rangs de la IIIe Armée du Général Sarrail qui tient le front de l’Argonne et de la Meuse. Le « pétard-raquette » consiste en un bâton de mélinite ou de cheddite introduit dans un tube en métal fixé sur un manche. On l’amorce en enfonçant un clou plus ou moins fixé dessus. D’apparence simple, ce projectile n’est pas sans danger pour le fantassin qui doit calculer rapidement combien de temps il a pour lancer la grenade entre l’amorçage et le lancer. Ceci dit, elle va être standardisé et distribué dans les rangs français jusqu’en 1916. Les Français créent aussi la « pétard » pour la destruction de barbelés, consistant en un cylindre rempli d’explosif fixé à un manche en bois.

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Soldat français (Chasseur à Pied) équipé de pétards-raquettes

Courant 1915, les Français fabriquent des grenades à percussion, comme la « Poire » ou « Cuiller » en référence à sa forme. Mais le système d’amorçage de ce modèle est instable n’est pas sans provoquer des accidents. Néanmoins, de l’autre côté des Alpes, l’ingénieur militaire italien Besozzi crée un projectile en forme d’œuf mais à quadrillage métallique et à allumage par mèche phosphorique. Ce modèle a aussi l’avantage d’être mieux tenu en main avant de le lancer. Afin de ne pas en acheter aux Italiens qui en ont déjà besoin face aux Austro-Hongrois, l’Etat-major français reprend le modèle de Besozzi pour le fabriquer sous licence dans les usines de Métropole.
S’inspirant du modèle de Besozzi, les ingénieurs français conçoivent des grenades fusantes à quadrillages. Le premier de ces modèles est la F1, dotée tour-à-tour d’un système d’allumage à mèche, à percussion, à bouchon allumeur et à allumeur automatique. Malgré ces progrès, ces types de grenades défensives ne donnent pas les résultats escomptés en ne diffusant que 10 éclats en moyenne.
Enfin, toujours côté français, les soldats se voient dotés de grenades offensives OF1 pour les assauts de tranchées. Il s’agit de deux calottes de fer blanc soudées entre elles à l’étain. Équipée des mêmes bouchons allumeurs que pour la F1, elle était moins meurtrière afin de causer des effets destructeurs plus réduits dans une attaque.

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Soldat français (Chasseur à Pied) équipé de pétards-raquettes

– Les Britanniques ne sont pas en reste. Dès 1915, ils décident de remplacer la Mk I jugée trop peu efficace. Mais alors que plusieurs usines opèrent leur reconversion pour doter les fantassins de la NKA, dans les tranchées plusieurs officiers décident aussi concevoir des modèles avec les moyens disponibles sur place. Le plus célèbre de ces bricolages reste la « Jam Tin » (« boîte de confiture ») ou « Bully beef tin » (« conserve de bœuf »), conçue par les soldats Australiens dans les tranchées de Gallipoli. Il s’agit tout simplement d’un double cylindre rempli d’explosif et doté d’une mèche et d’un détonateur. Son utilisation était néanmoins risquée en raison de son allumage rudimentaire, même si elle sera améliorée courant 1915.
D’autres officiers dans différents Battalions conçoivent aussi des projectiles avec du matériel de récupération. Ainsi, les Black Watch (Écossais) créent des bombes avec des boîtes de conserve et des paquets de coton. Les Australiens fabriquent aussi la « Welsh Berry » (« baie galloise »), un projectile à percussion dotée d’une mèche d’allumage. De son côté, le Major Basil Condon Battye récupère des cylindres métalliques fabriqués à Béthune pour créer les grenades « Battye » ou « Bethune Grenade », dotée cette fois d’un allumeur Nobel.

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Jam Tin

– A côté de ces inventions de première ligne, les Britanniques finissent par standardiser leur fabrication de grenades. Ainsi, s’appuyant sur les travaux de l’ingénieur belge Roland, son collègue britannique Williams Mills de Birmingham, développe le projectile qui équipera les Tommys à partir de 1916 ; la Mills Bomb No 5, qui deviendra la Mills No 23 puis No 36. Ressemblant au modèle de Besozzi et à la F1 française, c’était un modèle à amorçage automatique doté notamment d’un levier, d’une vis de fond et cordeau Bickford. Outre la Munition Factory de Birmigham, plusieurs ateliers de taille plus réduite la fabriquaient au Royaume-Uni.

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Mills Bomb

 

Sources :
– BULL Dr. Stephen : « World War I Trench Warfare (1) 1914-1916 »Osprey Publishing, London
– GRIFFITH Paddy : « Battle Tactics of the Western Front. The British Army’s Art of Attack 1916-1918 », Yale University PressNew Haven & London

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