Seconde offensive de Champagne (suite et fin)

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Monument de la Feme de Navarin dans la Marne (Photo personnelle)

– Après deux jours de combats qui n’ont pas vu la percée escomptée, le Général de Castelnau ordonne de faire une pause avant de reprendre l’attaque au début du mois d’octobre.
Le 6, l’assaut reprend avec des efforts accrus contre la butte de Tahure, la butte de Souain et la Ferme de Navarin, respectivement à la gauche de la IIe Armée et à la droite de la IVe Armée.

– Le Bois-Sabot est un bosquet transformé en forteresse qui défend l’accès de la route Souain – Tahure par l’est. La prise de ce secteur est confiée à la Division Marocaine du Général Codet, plus précisément la 1re Brigade de la Division Marocaine du Colonel Delavau (4e Régiment de Marche des Tirailleurs), soutenue par l’aile gauche de la 60e Division (XIe Corps), soit les 247e et 248e RI. Un mot sur la Division Marocaine. Belle unité, contrairement à ce que son nom indique, elle n’est pas exclusivement composée de soldats venant du Maroc, même s’ils en représentent une bonne proportion. On trouve aussi des Zouaves, des Légionnaires, des Algériens et des Tunisiens.
Lorsqu’ils attaquent cette position allemande le 25 septembre, les « Marocains » tombent sur un réseau de tranchées bien élaborées et qui plus est, relativement épargné par les bombardements d’artillerie. Malgré une forte résistance allemande appuyée par des mitrailleuses, le 4e RMT (Col. Daugan) réussit à s’emparer du Bois-Sabot et de « l’Ouvrage de Spandau ». A la droite de la 1re Brigade, la 2nde Brigade Marocaine (Col. d’Anselme) part à l’assaut du secteur de Decauville, avec le 8e Régiment de Marche des Zouaves (Lt-Col. Modelon). L’attaque est fructueuse et les Zouaves s’emparent d’un important dépôt de munitions. Seulement, la « Marocaine » comme les affres similaires à ceux du XIe Corps et Codet doit arrêter son assaut.

– Celui-ci reprend le 28 contre la butte de Souain, toujours aux mains de l’ennemi. La 1re Brigade s’en charge avec le 4e RMT et le 1er Régiment du 1er Étranger. Mais l’attaque est un échec et les pertes sont lourdes, malgré cinq assauts lancés par les Légionnaires qui perdent deux commandants (Barel et Declève).

– Après un temps de repos, le Général de Castelnau ordonne de reprendre l’assaut. La « Marocaine » doit poursuivre son effort vers Tahure, avec la butte de Souain et la Ferme de Navarin.
Située juste au sud-est de la Butte de Souain, la Ferme de Navarrin est en fait une ferme-auberge située sur la Départementale 977 mais en plein sur l’axe Souain – Somme-Py. Dispositif-clé de la défense allemande, elle est flanquée par les tranchées « des Vandales » (ouest) et de la « Kultur » (est). Sa défense est confiée à des éléments du X. Armee-Korps d’Otto von Emmich (19. et 20. Divisionen), arrivé en renfort depuis la Russie.
L’attaque de ce secteur au nord de Souain est une nouvelle fois confiée à la Division Marocaine, du moins à la 2e Brigade au regard de l’état de la 1re. Les « Marocains » s’emparent du Bois N°28 et de la « Tranchées des Tantes ». Puis, ils repartent à l’assaut de la Ferme de Navarin par l’ouest. Après un furieux combat, la « Tranchée des Vandales » tombe. Mais la ferme reste aux mains des Allemands.

– Sur la gauche du IIe CAC, le VIIe CA du Général de Villaret lance lui aussi un assaut en soutien, afin de dégager le secteur de la Ferme des Wacques. C’est la 129e DI (Gén. Nollet) qui s’en charge mais elle tombe vite dans un véritable nid de frelons. Son 297e RI qui doit s’emparer de l’Epine de Védégrange disparaît corps et biens.

– Mais devant le manque de munitions pour canons pour si peu de résultats et au regard de l’épuissement de plusieurs divisions, Joseph Joffre doit arrêter l’offensive de Champagne. 140 000 soldats Français, Africains et Marocains sont tombés (tués, blessés et disparus) en près de dix jours de combats.

– Reprenons ce que dit Franck Beauclerc pour la revue Tranchées. Le Commandement français met en avant le rôle des contre-pentes dans l’échec de l’Offensive de Champagne. Mais c’est pour mieux masquer sa responsabilité dans la pénurie des obus de 75 mm. Comme le reconnaîtra le Commandant Jacquand, en six jours, 1,4 millions de munitions de ce calibre ont été consommées. Le GQG ne peut plus compter que sur quatre jours de feu.

– Déjà le 9 mai 1915, lors de l’Offensive d’Artois, il s’était produit dans la soirée une pénurie d’obus qui avait laissé l’Infanterie sans soutien au moment critique des contre-attaques. Pour remédier à ses « errements », comme il le qualifiait dans une note datée du 7 septembre 1915, le GQG avait porté les dotations pour les futures offensives de l’automne à 1 200 coups par pièce de 75 afin de permettre aux corps d’armée d’alimenter la bataille sans risque de pénurie. En fait, cette dotation de 1 200 coups a été brûlée en 6 jours par la IIe Armée et oblige à puiser dangereusement dans les « réserves stratégiques ». Dans son rapport à la commission de l’armée sur « la situation des projectiles dans le mois de septembre 1915 », le Sénateur A. Gervais confirme officiellement le rôle de la pénurie des attaques : « Il est apparu qu’on ne pouvait pas continuer (Champagne et Artois) au taux nécessaire des consommations de projectiles, sans exposer l’ensemble des forces de notre front à un affaiblissement dangereux de ses approvisionnements en 75. (…) Il faut donc, comme nous n’avons cessé de le demander depuis dix mois, élever très sensiblement la fabrication des projectiles de 75 et s’efforcer de la porter du simple au double ».

– Dès lors, pour les chefs français, il faut concevoir l’offensive comme une série d’attaques successives comportant à chaque fois une préparation d’artillerie sur des objectifs visibles afin de ne lancer l’Infanterie qu’à bon escient. C’est en quelque sorte la validation des conceptions de Foch, qui seront codifiées en janvier 1916 dans deux instructions générales et concrétisées lors de la bataille de la Somme. C’est donc la visibilité du terrain par l’artillerie qui seule déterminera la limite à atteindre par l’Infanterie, avant de relancer une nouvelle préparation sur l’objectif suivant.  Mais cette action par phases successives nécessite un nombre considérable en munitions et par conséquent, un effort industriel proportionnel dont les chevilles ouvrières seront le Général Edmond Buat, Albert Thomas et Etienne Clémentel. Après les carnages de Massiges, Tahure et Vimy, le GQG prend conscience des limites d’une certaine forme d’offensive et doit privilégier le feu afin de préserver un capital humain de plus en plus rare.

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