Les offensives de septembre 1915 – 1 : L’ Artois

1 – Situation(s) stratégique(s) à l’été 1915
– Rappel : en mai-juin 1915, les Français ont lancé deux offensives en Artois et en Champagne dans le but de percer les positions allemandes mais sans succès faute de réserves en hommes et d’un appui d’artillerie suffisant. Les 15-16 juin, le British Expeditionnary Force (BEF) a lancé un assaut entre Givenchy et La Bassée qui a tourné au massacre. Toutefois, le GQG français espère encore percer les lignes allemandes. Pour ce faire, Joseph Joffre souhaite lancer deux grandes offensives simultanées, la première en Artois et la seconde en Champagne.

Source : www.archivespasdecalais.fr
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– Le GQG français espère rompre le front allemand avant l’arrivée de l’automne et donc, du mauvais temps. Ces deux offensives concernent deux Groupes d’Armées ; le Groupe d’Armées du Nord (GAN) de Ferdinand Foch pour l’Artois et Groupe d’Armées du Centre (GAC) du Général Edouard de Currières de Castelnau, ainsi que les BEF. Et cette fois-ci, Joffre fait déployer une importante artillerie derrière les lignes françaises afin d’écraser les positions allemandes. Cependant, comme nous le verrons plus tard, l’artillerie française va arriver à une saturation de ses réserves de munitions.
– Mais le Gouvernement français, par la voix de Parlementaires et du Ministère de la Guerre presse le GQG de lancer une offensive avec, espère-t-on, un succès à la clé car la situation n’est guère brillante pour les forces de l’Entente durant l’année 1915. Outre les échecs des premières batailles de Champagne et d’Artois durant la première moitié de l’année, Français, Britanniques et ANZACS se sont enlisés sur les rives de la Péninsule de Gallipoli. A l’Est, Hindenburg a infligé une sérieuse défaite à l’Armée du Tsar aux Lacs de Mazurie (sans pour autant anéantir les forces ennemies), pendant qu’Allemands et Austro-Hongrois ont repoussé les Russes en Galicie. Enfin, le front italien qui suscitait des espoirs à Londres et Paris n’a pas donné les résultats escomptés. En effet, l’Armée royale italienne se retrouve à mener une guerre de siège en montagne face à des Austro-Hongrois bien plus coriaces que prévu.

Ferdinand Foch
Ferdinand Foch

2 – Le Plan offensif du GAN

– Malgré l’échec de l’offensive de mai, Ferdinand Foch espère pouvoir percer une nouvelle fois au niveau de la Crête de Vimy afin de déboucher dans la Plaine de Douai. Pour ce faire, il confie l’effort principal à la Xe Armée du Général Victor d’Urbal, avec 5 Corps d’Armées, 18 divisions et 380 pièces d’artillerie (75, 105 et 155 mm). Comme le signale Jean-Christophe Notin, d’Urbal propose un plan visant à percer les lignes allemandes en trois étapes, mais Foch y préfère une percée rapide. Le plan du tarbais ne tarde pas à rencontrer des réticences.

– Durant l’été 1915, Ferdinand Foch a pour objectif la Crête de Vimy, qu’il estime être la clé de la percée du dispositif défensif allemand sur le Front Nord. Le Général d’Urbal lui propose un assaut en trois phases mais Foch estime qu’une percée rapide est envisageable pour conduire à un succès stratégique (1). Son ancien camarade de Lycée, Emile Fayolle n’y croit guère et émet de sévères critiques à son encontre dans ses carnets de guerre. Depuis la bataille du Grand Couronné de Nancy, Fayolle surnomme son ancien condisciple de Lycée « Capitaine Fracasse ». L’autre personnalité de l’Armée française très critique envers Foch n’est autre que son ancien supérieur Edouard de Currières de Castelnau pour qui les offensives du début revenaient « à frapper sur des vitres avec des hannetons ». (2) Il est vrai que lors des premières offensives d’Artois et de Champagne de mai-juin 1915, Foch avait sous-estimé les moyens et les réserves nécessaires aux forces françaises et britanniques pour exploiter les (potentielles) percées des lignes défensives allemandes. Mais pour Foch – qui est pourtant bien moins optimiste qu’en mai – l’échec des premières offensives tient de l’étroitesse de la ligne de front.

– Pour percer dans le Nord de la France, Foch prévoit de lancer deux offensives simultanées, en coordination avec les Britanniques de Sir John French. Lors d’une conférence à Frévent au QG de Foch (27 juillet), le Général français et son homologue britannique se mettent d’accord. La Xe Armée d’Urbal doit attaquer sur la ligne Notre-Dame-de-Lorette – Crête de Vimy – Givenchy, pendant que la Ist Army britannique de Douglas Haig devra percer entre Hulluch et Loos (cette offensive est détaillée dans le troisième article qui y est consacrée). Avec ces deux offensives cumulées, Foch espère percer sur 32 km en tout.

– Au départ, l’offensive est prévue pour l’été mais Foch estime qu’il n’y a pas encore assez de munitions disponibles pour l’Artillerie. Pis encore, le commandant du GAN estime que ses forces ne disposeront pas d’assez de munitions pour percer et préconise plutôt d’avancer ligne après ligne. C’est ce qu’avait proposé Pétain au mois de mai alors qu’il commandait le XXXIIIe Corps devant Vimy. Mais il ne fut pas écouter. A Paris, les Parlementaires s’impatientent et s’interrogent. Des bruits commencent à courir dans les alcôves, mettant en doute les qualités de stratège de Foch qui garde pourtant la tête froide.
Le 8 août, il se rend auprès d’Alexandre Millerand Ministre de la Guerre avec Joffre, Castelnau, Langle de Cary et Pétain pour annoncer que l’offensive n’aura pas lieu avant la mi-septembre. Foch présente sa tactique d’emploi des forces. Castelnau l’approuve mais en partie seulement. Au lieu d’une attaque ligne par ligne, il préconise plutôt l’ouverture de brèches larges de 12-15 km pour y engouffrer les réserves. Pour le commandant du GAC, l’idée de Foch ne tient pas compte de la capacité de l’Allemagne à renouveler ses forces, étant donné que la frontière est encore hors d’atteinte pour les forces alliées.

Général Victor d'Urbal
Général Victor d’Urbal

– La Xe Armée de Victor d’Urbal (17 Divisions en tout) est donc chargée de l’assaut principal en Artois. Pour Foch, la Crête de Vimy est le verrou du dispositif ennemi qu’il faut faire sauter.  L’effort principal est confié au XXXIIIe Corps d’Armée de Fayolle (55e, 70e et 55e DI) qui doit donc percer à hauteur des Cotes 119 (Givenchy) et 140 (Ferme Folie), avant d’élargir le front vers Baurains-Ficheux. Juste à la gauche du XXXIIIe Corps, le XXIe Corps de Paul Maistre (13e et 41e DI) attaquera en appui de Fayolle sur Souchez. A la droite du XXXIIIe, le IIIe Corps d’Émile Hache (5e et 6e DI) devra s’emparer de Neuville-Saint-Vaast en contrebas de la Crête de Vimy. Enfin, tout à droite de la Xe Armée, le XIIe Corps de Henri Descoings (23e et 24e DI) a pour mission d’attaquer sur Thelus. Aussitôt la percée effectuée, les réserves du XIIe Corps (58e et 130e DI) devront s’engouffrer dans la brèche (jusqu’en Belgique prévoit-on) avec les 2 Divisions du Ier Corps de Cavalerie (Louis Conneau). Enfin, le XVIIe Corps de Jean Dumas se tient en réserve. Foch a ordonné à l’artillerie d’assommer les lignes allemandes entre Angres et Arras par un déluge de feu. Pour cela, les 380 bouches à feu de la Xe Armée peuvent compter sur 268 000 obus disponibles !
– En face, les Allemands se sont très bien retranchés dans leurs abris fortifiés en profitant du maillage urbain important. Face à d’Urbal, ils alignent l’aile droite de la VI. Armee du Kronprinz Rupprecht von Bayern, soit le VII. Armee-Korps de Hermann von François, général qui s’est fait un nom en contribuant fortement à la victoire de Tannenberg. Von François dispose des 13. Division (Kurt von der Borne), 14. Div.(Constantin von Altrock) et 2.Garde-Div. (Paul Weese).

Source : cheminsdememoire-nordpasdecalais.f
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cheminsdememoire-nordpasdecalais.f
Le Kronprinz Rupprecht Source : http://www.stahlgewitter.com
Le Kronprinz Rupprecht
Source : http://www.stahlgewitter.com

3 – L’attaque
– La préparation d’artillerie démarre le 18 septembre. Malheureusement pour les Français, dès les 22-23 septembre le temps se couvre sur le nord de la France (comme en Champagne) et la pluie se met à tomber, rendant les observations d’artillerie (terrestres et aériennes) bien moins efficaces. Ferdinand Foch songe à faire annuler son offensive mais Joffre lui ordonne son maintien.
– Le 25 septembre à 12h45, peu de temps après l’attaque des Britanniques sur Loos, les sifflets des officiers résonnent. Mais la progression des Français est rendue très difficile, d’autant plus que les Allemands se reprennent sur plusieurs points du front. Au centre, les XIIe et IIIe réussissent à gagner quelques dizaines de mètres. Toutefois, sur la droite, le XXXIIIe Corps d’Emile Fayolle (55e70e et 77e Divisions) enfonce le front allemande à la baïonnette et s’empare du Château de Carleul, ainsi que du cimetière de Souchez. A gauche, le XXIe Corps de Ferdinand Pont parvient à accrocher la route Angres-Souchez.

– Le 26 septembre, Foch ordonne à d’Urbal d’exploiter son succès dans le secteur de Souchez. De violents combats éclatent alors dans un secteur formé de ruisseaux, de marais et parsemé de fortifications allemandes. Et l’infanterie française voit son effort considérablement freiné par la redoutable artillerie allemande qui contre-bat derrière la Crête 119-140. Mais grâce à l’effort et l’ingéniosité des sapeurs des XXXIIIe et XXIe Corps, les Français réussissent à prendre l’intégralité de Carleul et d’Angres. 1 378 prisonniers allemands sont pris.

– Le 27, le XXIe Corps s’installe solidement dans les Bois de Flache et de Givenchy. Malheureusement, le XIIe Corps de Descoings se trompe d’objectif en voulant s’emparer de la Cote 132. S’ensuit une grande confusion dans le commandement français qui veut engager le IIIe Corps de Hache. Celui-ci reçoit ordre et contre-ordre durant le reste de la journée et doit finalement arrêter son avance. Autre conséquence, de ce manque de coordination, les Allemands ne tardent pas à se ressaisir et à renforcer leurs positions. Aucun résultat notable n’est enregistré ce jour-là.

– Le 28 toutefois, les IIIe et XXXIIIe Corps relancent leur effort et récoltent des résultats honorables. La 59e DI et la 77e DI (Stéphane Pillot) parviennent à franchir le ravin de Souchez  pour atteindre les tranchées Bremen et Lübeck. De son côté, la 6e DI de Charles Jacquot (blessé, il a refusé d’être évacué) atteint la Cote 140.

– Foch arrête son attaque à ce moment et se concerte avec French pour lancer une offensive d’ensemble. Mais en raison du manque de réserves du côté des Britanniques qui ont consenti à de très lourds sacrifices et de la ressaisie des forces allemandes, ce plan ne pourra pas être exécuté.

– En outre, du 3 au 8 octobre, les Allemands lancent une violente contre-attaque arrêtée par la Xe Armée à la suite de furieux combats. Le 11, d’Urbal relance son offensive qui connaît une très forte opposition et doit s’arrêter le 14.

En dépit du peu de réussite stratégique, les Français ont définitivement repris la région de Souchez.

(1) in NOTIN Jean-Christophe : Foch, Perrin
(2) NOTIN, J-Ch. : Op.Cit.
(3) Ibid.

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