Centenaire des offensives de septembre 1915 – Les Britanniques à Loos (3)

– En septembre 1915, les lignes britanniques couvrent les Flandres et l’Artois. Après les batailles de mai et juin (Artois, Vimy, Lorette, Crête d’Aubers, Festubert et Ypres), l’été a été calme même si les deux côtés en ont profité pour renforcer leurs défenses, et planter davantage de mines. En accord avec les Français, l’Armée britannique couvre un front allant du nord d’Ypres au sud de Lens. En août 1915, la nouvelle IIIrd Army d’Edmund Allenby s’ancre entre la Somme et Hébuterne. Entre mai et septembre 1915, 15 nouvelles divisions de volontaires de la New Kitchener’s Army ont débarqué en France.

Source : http://www.thecourier.co.uk
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1 – La préparation

– Après un engagement qui a presque tourné au massacre à La Bassé les 15-16 juin 1915 en soutien des offensives de Foch en Artois, l’attaque dans le secteur de Loos-en-Gohelle marque l’engagement le plus important des forces britanniques, en contribution avec les grandes offensives françaises voulues par Joseph Joffre en Artois (Foch) et Champagne (Castelnau). Joffre pense qu’une supériorité numérique alliée peut permettre d’emporter leur décision.

– Dans sa biographie consacrée à Ferdinand Foch, Jean-Christophe Notin a bien montré les objectifs et l’imbrication de l’offensive de Loos dans le plan français. Laissons-lui alors la parole. Pour percer dans le Nord de la France, Foch prévoit de lancer deux offensives simultanées, en coordination avec les Britanniques de Sir John French. La Xe Armée Française (Émile Fayolle) aura pour mission de percer dans le secteur Notre-Dame-de-Lorette – Vimy – Givenchy, tandis que les Britanniques attaqueront entre Lens et La Bassée, dans le secteur de Loos. L’objectif restant la Crête de Vimy. Foch insiste auprès de Sir John ; expliquant qu’attaquant les pentes de Loos-Hulluch, sur la gauche des Français, les Britanniques peuvent tâter les hauteurs de Lens. Une telle progression permettrait alors aux Alliés de s’emparer de la Plaine de Douai, pouvant ainsi contraindre les Allemands au repli en Belgique. Foch souligne aussi dans un rapport, « sans critiquer le moins du monde l’Armée anglaise », que si French avait orienté ses troupes sur Loos lors des victoires de Neuve-Chapelle et de La Quinque Rue, ce but aurait déjà été atteint (1).

– Si le général français finit par donner son accord pour que l’attaque britannique ne soit pas « collée » à celle de la Xe Armée, il considère qu’Ypres serait trop loin et propose Loos-Hulluch une nouvelle fois. Après un plaidoyer habile de Foch, Sir John French se retrouve à court d’arguments et son accord du bout des lèvres. Toutefois, il impose la condition que l’assaut français soit victorieux. Il faut dire que depuis fin août 1914, John French a de moins en moins confiance dans la capacité des généraux français à obtenir une victoire rapide ; ce qu’il fait savoir à Horatio Kitchener dans une lettre. Si French finit par y consentir, nons sans en émettant des critiques sur le choix du lieu voulu par Foch, William Robertson chef d’état-major du BEF s’oppose à cette offensive qu’il juge inutile, préférant une attaque dans le secteur de Messines – Wyndeschete. Les relations entre French et Robertson se tendent. Le second n’hésitant pas à écrire à Sir Henry Wilson (Chef de l’État-major impérial) plusieurs lettres dans lequel il met en cause les choix de son supérieur.
De son côté, Douglas Haig commandant de la nouvelle Ist Army (créée par scission du BEF) s’avise que l’appui d’artillerie y sera insuffisant, qu’opérer dans ces conditions serait vain et plaide in fine pour un secteur plus au nord. D’où la réunion du 27 juillet, au QG de Foch à Frévent. Lors de la précédente rencontre, French avait demandé pourquoi la Xe Armée française n’avait pas été aussi efficace que prévu. Foch expliqua alors que c’était en raison de l’étroitesse du front d’attaque et, dans ce but, French avait proposé que ses troupes attaquent immédiatement à la gauche des Français. Depuis, il a fait procéder à des études et a conclu qu’« un engagement sur ce terrain serait très coûteux à la fois en munitions et en hommes », car il englobe les villes de Lens et Liévin. En bref, il propose d’attaquer plus loin. Ce dont Foch ne veut pas entre parler : il faut que la ligne d’attaque soit continue, sans trou, quel que soit le terrain. « Les précédentes attaques, argue-t-il, nous montrent que nous ne pouvons espérer, cependant, est d’occuper des positions maintenant tenues par l’ennemi grâce à des attaques puissantes et répétées ».

Sir John French
Sir John French

– Tandis qu’en Artois, Foch estime – mais avec bien moins d’enthousiasme qu’au printemps – que les efforts français doivent s’effectuer contre la Crête de Vimy, Douglas Haig espère forcer les positions allemandes dans le bassin minier entre Loos-Hulluch, dans la Plaine de Gohelle. Mais le terrain est rendu difficile par la présence de mines, de tunnels et de terrils.

Pour lancer son « Big Push », Haig met en lice 6 divisions, avec 3 de Cavalerie (dont 1 indienne) et 3 d’Infanterie du IVth Corps de Henry Rawlinson. Celui-ci compte la 1st Division (Major.General Arthur Holland), unité expérimentée car présente au front depuis août 1914 ; la 15th (Scottish) Division (Maj.Gen. Frederick McCracken) et la 47th (1/2 London) Division (Maj.Gen. Charles Barter).
Le nouveau XIth Corps du Lt.General Richard Haking assure l’appui. Celui-ci se compose des 21st Division (Maj.Gen. George Forestier-Walker), 24th Division (Maj.Gen. J.E. Capper) et la toute nouvelle Guards Division (Maj.Gen. Rudolph Lambart, 10th Earl of Cavan) est placée en réserve. Cette dernière a juste été formée en juillet avec l’approbation de George V, par addition d’unités des Guards provenant de Grande-Bretagne et d’autres combattantes en France.

Douglas Haig
Douglas Haig

– Sur le papier, les Britanniques disposent d’une supériorité numérique de 7 contre 1. Haig souhaitant en profiter afin de percer rapidement sur une ligne restreinte. Mais face à des Allemands bien retranchés dans leurs réseaux d’abris et de tranchées, les Divisions britanniques alignent une majorité de soldats sans expérience des combats.
Pour faciliter la progression de ses troupes, Haig a prévu de déverser 250 000 obus sur les positions allemandes. Déjà durant l’été, William Robertson estimait qu’il fallait éviter les coûteuses offensives d’Infanterie sans la préparation et la protection de l’artillerie, d’où la nécessité d’accumuler un grand nombre de munitions. A ce moment du conflit, l’artillerie britannique se décline principalement en canons Ordnance Quick Firing (QF) 18-pounder (18 livres) pour l’artillerie de campagne et Ordnance BL 60-pounder pour l’artillerie lourde. Les stratèges britanniques estiment alors que pour obtenir un feu efficace, il faut maintenir un ratio de 2 canons de campagne contre 1 autre modèle. A contrario, les Français optent pour un ratio 1 :1. L’artillerie sera donc en charge d’assommer les positions allemandes mais aussi de créer un rideau de fumée sensé masquer la progression des fantassins du IVth Corps.
Haig envisage également de répandre 140 tonnes de gaz chlorique à l’aide de 5 000 cylindres placés en avant des linges britanniques. Il veut en cela répondre aux attaques au gaz subies par les Britanniques à Ypres.

– De leur côté, comme face aux Français, les Allemands s’attendent nettement à une offensive alliée dans ce secteur. En prévision, ils ont considérablement étoffé leur dispositif défensif en profitant du maillage urbain et industriel de la région entre La Bassée et Lens, compensant leur infériorité numérique. Ainsi, l’une de leur plus fortes positions la « redoute de Hohenzollern » (Hohenzollernwerk) située au sud d’Auchy-les-Mines et au nord-ouest de Hulluch. Véritable complexe d’abris bétonnés, de tranchées et de boyaux, la « redoute de Hohenzollern » est une petite forteresse à même le sol, bien garnie en hommes et en mitrailleuses de la 117. Division. Le secteur de l’assaut britannique est tenu par des éléments de la 6. Armee du Kronprinz Rupprecht von Bayern. Le IV. Armee-Korps de Friedrich Sixt von Arnim tient la ligne Hulluch – Lens ; avec les 7. Division (Johannes Riedel), 8. Division (Thilo von Hanstein) et les Saxons de la 123. Division (Karl Lucius). Le secteur Canal de La Bassée – Hulluch est aux mains du VII. Armee-Korps de Hermann von François, général qui s’est illustré contre les Russes à Tannenberg et en Mazurie. Le VII. Korps compte la 14. Division (Constantin von Altrock) et la 117. Division (Ernst Kuntze).

Friedrich Sixt von Arnim
Friedrich Sixt von Arnim

2 – L’attaque du 25 septembre
– L’assaut démarre dans la matinée du samedi 25 septembre. L’artillerie britannique matraque les positions allemandes. La première ligne est sévèrement entamée entre Hulluch et Loos mais une grande partie de l’arrière reste épargnée. Sauf que le vent contraire rejette une partie du gaz dans les tranchées anglaises, causant 2 600 victimes. Chez les Allemands, seulement 600 soldats gazés sont à déplorer.

– Toutefois, 75 000 soldats britanniques, s’élancent baïonnette au canon sous le couvert d’une épaisse fumée. Et cette fois, c’est une incontestable réussite pour Haig et Rawlinson, du moins pour le premier jour. En effet, le village de Loos tombe, ainsi que la Cote 70 et les trois divisions d’Infanterie avancent vers Lens. Mais leur progrès est vite ralenti par un manque de munitions d’artillerie et le manque de soutien des troupes de renfort. L’assaut des Écossais de la 15th Division s’essouffle et se disloque. Cela permet aux troupes du Kronprinz Ruprecht de se reformer et de contre-attaquer pour reprendre la Cote 70. De plus, les Britanniques n’ont pu s’emparer de la Redoute de Hohenzollern.

[Suite]
(1) in NOTIN Jean-Christophe : Foch, éd. Perrin

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