L’Armée italienne en 1915, essai de description – Première partie

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Source : http://www.listal.com

Le 23 mai 1915, à l’issue du Traité de Londres qui lui promet de recouvrer Trente, Bolzano (Bolsen), l’Isonzo, Gorizia, Trieste, Vlora (Albanie) et de vagues concessions dans la région de Smyrne, l’Italie déclare la guerre à Vienne et Berlin. Revirement de situation prévisible car ce premier membre de la « Triplice » voulue par Bismarck était considéré comme un allié peu sûr. Les Allemands en ayant eu la confirmation lors de la signature de l’accord entre Rome et Paris sur la Libye.
– Mais l’Italie est une nation jeune, unifiée non sans heurts au début de l’année 1914. Rappelons que c’est une monarchie constitutionnelle de régime parlementaire. Le Roi Victor-Emmanuel III (issu de la Maison de Savoie) règne mais ne gouvernement pas. Le pouvoir exécutif et législatif est détenu par le Gouvernement de Salandra (II) et le Parlement. Le Gouvernement est de tendance libérale (mais autoritaire et assez hostile au Pape), tandis que la vie politique (agitée) est travaillée par des courants anarchistes, révolutionnaires, socialistes et monarchistes.
Jeune nation, l’Italie n’a pas le prestige militaire de ses alliés comme de ses adversaires. Contrairement à l’Armée impériale allemande, la Reggia Escercita (Armée royale) n’est que très partiellement perçu comme l’instrument de l’Unité nationale, d’autant que celle-ci s’est effectuée grâce à l’intervention française.
Durant les années qui ont suivi le Risorgimento, l’Italie a voulue s’élever au rang de grande puissance et a entrepris de se tailler un empire. Mais la Reggia Escercita est davantage reconnue pour son revers d’Adoua en Ethiopie (1896) que pour ses brillantes campagnes. Et la courte campagne de Libye (1912-1913) contre l’Empire Ottoman, bien que victorieuse, s’est avérée particulièrement difficile. En outre, les tribus Senousis poursuivent la guérilla contre le nouvel occupant, alors qu’en Somalie, l’armée italienne se heurte à la résistance du Muhammad Abd Allah Hassan.
– Sur le plan intérieur, en dépit de la forte industrialisation qui a dynamisé le nord du pays depuis le milieu du XIXe siècle (Piémont, Lombardie, Vénétie), l’Italie reste un pays très rural dont 50% de la population est paysanne. L’alphabétisation est en retard par rapport aux voisins français et autrichien, plus particulièrement dans le sud (Mezzogiorno), offrant un décalage complet avec le nord. Cela se ressent sur le plan politique à l’entrée en guerre. Les interventionnistes (libéraux, royalistes mais aussi des socialistes révolutionnaires*) sont plus présents au nord, tandis que les campagnes et les petites villes des Abruzzes, de Catane et des Pouilles sont bien moins démonstratives lors de la déclaration.

– La Reggia Escercita est placée sous l’autorité de Victor-Emmanuel III et sous la responsabilité de l’Etat-major Général que commande le tout puissant Général Comte Luigi Cadorna. Archétype quasi caricatural de l’officier italien appliquant la dureté dans le commandement, Cadorna est un personnage orgueilleux, irascible et intolérant. On estime à 216 le nombre de généraux qu’il a disgraciés ou démis de leur commandement, ainsi que 255 Colonels et 355 chefs de bataillons. Si l’un de ses officiers d’état-major a le malheur de critiquer ses méthodes, il risque la démission forcée voire même l’emprisonnement. Ce fut notamment le cas du Colonel Giulio Douhet, grand théoricien de la puissance stratégique aérienne.

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Luigi Cadorna

– En tant de paix, l’armée d’active se chiffre à 560 000 hommes, avec 440 000 hommes de mobilisables en plus. Et il faut leur ajouter 2,2 millions de territoriaux ce qui fait en tout 3,2 millions d’hommes. L’engagement dans l’armée régulière s’effectue à partir de vingt ans avec pour une durée de deux ; mais les soldats sont partagés en trois classes :
1 – Soldats choisis pour l’active, sur critères physiques favorables
2 – (Soldats d’active pouvant être démobilisés à tout moment et exemptés de service actif. Ceux qui peuvent rester sous les drapeaux sont reversés dans la territoriale.)
Après l’active, les anciens soldats sortis de l’active sont versés dans la Milice territoriale.
3 – Soldats de la milice de réserve

– Malgré les réformes entreprises par le Général Paolo Spingardi, Ministre de la Guerre dans le quatrième Gouvernement Giolitti, la Reggia Escercita entre en guerre avec de sérieux handicaps. Si des efforts ont bien été entrepris pour équiper les régiments d’Artillerie en nouveaux canons, le parc des bouches à feu n’atteint pas le niveau des Austro-Hongrois. Plus grave, si les Alpini et plusieurs régiments de Bersaglieri offrent une bonne tenue, nombre de régiments d’Infanterie manquent cruellement de formation et d’entraînement adéquats. Du côté de la réserve, les unités italiennes conservent un niveau de formation en-deçà de leurs équivalentes françaises, britanniques, allemandes et autrichiennes. En somme, la Grande Guerre surprend l’Armée royale italienne dans un état d’impréparation évident, même si elle a entamé un processus de modernisation.

– Venons-en à l’organisation. Le 24 mai 1915, le Gouvernement Salanandra et l’état-major général s’accordent pour créer le Commando Supremo militaro italiano (Commandement suprême militaire) dont la direction revient à Cardona. Cette véritable bureaucratie militaire comprend en premier lieu le Bureau du Chef d’état-major de l’Armée, avec un Secrétariat du Chef d’état-major, un bureau de la Mobilisation, un Bureau technique et un autre groupement de bureaux.

– Vient ensuite le Service des Opérations avec un Bureau des Informations. Celui-ci comprend un Secrétariat, de 4 Sections de Renseignement (Sezione Informazioni). Aux 1re et 2nde Sections revient le renseignement militaire sur le front ; à la 3e, le contre-espionnage et les services de Police militaire ; à la 4e les Services du chiffrage, du courrier, de la traduction et de cryptographie. Enfin, le service des opérations dispose aussi de 4 autres bureaux (Situation de guerre, Armements, Services divers et Aéronautique).

– La troisième entité est le Quartier Général qui regroupe les services de la Correspondance, de la Poste, de la Médecine aux armées, les services vétérinaires, les cantines, la section de carabiniers royaux, la section de la formation des artilleurs, l’intendance montée, l’intendance à pied, le bureau de l’administration militaire, et les services automobiles.

– Enfin, on trouve un ensemble de bureaux regroupant la Discipline, l’Avancement et la Justice militaire, le Commandement général de l’Artillerie, le Commandement général du Génie, le Commandement général des Carabiniers royaux, le Secrétariat général des affaires civiles et l’Intendance générale.

Lors de son entrée en guerre, l’Armée italienne s’articule selon le schéma classique des armées de la Grande Guerre : Armées – Corps d’Armées – Divisions – Brigades – Régiments /Bataillons.

La Reggia Escercita se scinde en 3 divisions de Cavalerie, 12 Corps d’Infanterie avec 2 Divisions d’Infanterie chacun, excepté le IXe Corps stationné à Rome qui compte 3 Divisions. Chaque division d’Infanterie compte en théorie 14 150 soldats et officiers, 1 399 chevaux et 30 pièces d’artillerie. Chaque division se compose de 2 brigades d’Infanterie, de 1 Régiment d’Artillerie comptant 3 batteries.
Au sein de chaque Corps d’Armée, on compte 1 régiment d’Artillerie de campagne (6 batteries à 6 canons chacune), 1 régiment de Cavalerie, 2 à 3 batteries d’Artillerie lourde et 1 régiment de Bersaglieri.
En tout, les forces terrestres de la Reggia Escercita se compose de 96 régiments d’Infanterie, 12 régiments de Bersaglieri (Infanterie légère), 8 régiments d’Alpini, 29 régiments de Cavalerie, 36 régiments d’Artillerie de campagne, 1 régiment d’artillerie à cheval, 2 régiments d’Artillerie de montagne, 10 régiments d’Artillerie côtière, 1 Brigade de Sardaigne, 2 régiments d’Artillerie de forteresse, 6 régiments du Génie et 1 bataillon d’aviateurs.
Au jour 24 mai, l’état-major a formé 4 Armées : Ire (Général Roberto Brusati – IIIe et Ve Corps ; unités rattachées et réserves), IInde (Général Pietro Frugoni – IInd, IVe et XXIIe Corps ; unités rattachées et réserves), IIIe (S.A.R Emmanuel-Philibert de Savoie – VIe, VIIe et XIe Corps ; unités rattachées et réserve) et IVe (Lieutenant-Général Nava – Ier et IXe Corps ; unités rattachées et de réserve). Enfin, le Commando Supremo dispose directement des VIIIe , Xe et XIVe Corps. Les unités rattachées et de réserve d’Armées se composent (selon les répartitions) de Régiments d’Artillerie de campagne (à 8 batteries), de Régiments d’Artillerie lourde, de Bataillons de Bersaglieri, de Bataillons cyclistes de Bersaglieri , de Bataillons d’Alpini, de Bataillons de Garde-Frontières (Guardia di FInanzia di Frontiera), de batteries de canons de 70 mm transportables par mules, de compagnies de pontonniers, de sapeurs, de télégraphistes, de radios, mais aussi des escadrons de ballons d’observation, de photographie et d’avions Blériot ou Nieuport.

– Les forces aériennes (rattachées à l’armée de terre) représentent 370 appareils, pour 205 pilotes dont 100 civils. L’Italie aligne alors 14 Divisions aériennes à 7 appareils chacune et 4 divisions de réserve.

– Les Divisions d’Infanterie se composent de 2 brigades de fantassins à 2 régiments chacune, de 1 Régiment d’Artillerie (8 batteries) et de 1 compagnie de Sapeurs. Mais certaines divisions peuvent aussi disposer d’un groupement d’Artillerie de Montagne ou d’un groupe d’Artillerie lourde.
Chaque brigade d’Infanterie n’est pas définie par un numéro mais par la ville ou la région où elle a été levée (Spezia, Florence, Toscane, Mantoue, Ravenne, Forli, Livourne, Lombardie, Cuneo, Sicile, Milan, Novare, Rome, Pouilles, Trévise, Abruzzes, Venise…). Mais contrairement aux unités allemandes ou certaines britanniques où les Divisions sont formées par des brigades provenant des mêmes régions, les Divisions italiennes sont formées par un collage de brigades qui peuvent être géographiquement opposées. C’est le cas de la 15e Division du Général Lenchanti qui compte la Brigade de Venise et une Brigade de montagnards et villageois des Abruzzes (Centre). Exemples plus frappants, la 6e Division (Roffi) qui réunit des Toscans et des Siciliens, la 5e Division (Druetti) qui compte la Brigade de Cuneo (Piémontais) et la Brigade de Palerme et la 24e Division (Fara) avec des Napolitains et des Piémontais.
La seule Division de Tirailleurs (Bersaglieri) reprend un schéma organisationnel équivalent pour ses formations d’Infanterie mais son artillerie est composée d’un Groupe d’Artillerie de Montagne (Mondovi), à quatre batteries.
Pour l’Infanterie de Montagne, on trouve des Groupements d’Alpini à 6 Bataillons, ainsi qu’une Brigade à 5 bataillons

– Pour la Cavalerie, chaque division se compose de 2 brigades à cheval à 2 régiments chacune et d’un Groupe de 2 batteries hippomobiles.

– L’Armée royale compte aussi des Carbinieri en charge de la police militaire. Un Carabinier sert durant trois ans en active et quatre ans dans la réserve. Il est ensuite réserviste durant douze ans.

– Enfin, pour défendre le territoire, l’Armée royale peut s’appuyer sur des fortifications gardant les cols alpins, ainsi que plusieurs villes du nord (Lombardie, Vénétie, Frioul et Julienne) converties en forteresses telles Casale, Piacenza, Vérone, Mantoue, Venise et Alessandria.

* Ils sont motivés par l’idée que la Guerre apportera des changements sociaux. Un certain Benito Mussolini appartenait à cette tendance belliciste.

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