Emile Fayolle

En vous promenant sur le pavé de la Place Vauban et de l’Avenue de Tourville – qui font la jointure entre l’Avenue de Breteuil et la Cathédrale Saint-Louis des Invalides dans le VIIeArrondissement – deux statues coiffées d’un képi se font face. L’une d’elles est celle de Joseph Galliéni, l’autre représente un  soldat français bien moins connu – voire aucunement – du promeneur : Marie-Emile Fayolle.
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– Fils de Jean-Pierre Fayolle et de Marie Rosine Badiou, Marie-Emile Fayolle voit le jour le 14 mai 1852 au Puy-en-Velay, au sein d’une famille de notables auvergnats. Après de bonnes études secondaires, il décide de choisir la carrière des armes à l’issue de son Baccalauréat. Il s’engage alors au 3e Régiment du Génie encaserné à Arras, avant de préparer le concours de Polytechnique au Collège jésuite Saint-Michel en Lorraine. C’est là qu’il fait la connaissance d’un condisciple tarbais nommé Ferdinand Foch. Il est reçu dans la moyenne, soit 122esur 242e  . Il sort néanmoins de Polytechnique à la 42eplace pour 121 élèves en 1875.

– Pendant une vingtaine d’année – un peu à l’exemple de son collègue Foch –  sa carrière militaire est davantage marquée par une succession d’affectations dans différentes garnisons et régiments d’artillerie. En 1897, alors Capitaine, il intègre l’Ecole de Guerre comme Professeur de tactique appliquée d’artillerie. Colonel au début du XXe siècle, puis Général de Brigade le 31 décembre 1910, Emile Fayolle est placé en seconde section des officiers généraux en 1914 – soit ceux prêts à être placés à la retraite.

– Mais le 14 août 1914, Fayolle est rappelé au service actif et se retrouve placé à la tête d’un Groupement du XXe Corps d’Armée que commande Ferdinand Foch. Fayolle participe alors aux batailles de Morhange et au Grand Couronné de Nancy. Son unité subit des pertes lorsque Foch décide d’attaquer les avant-gardes bavaroises sans l’autorisation de Castelnau. Fayolle accueille la nomination de Maurice Balfourier, alors commandant de la 11e Division, à la tête du XXe CA, car il le juge « moins capitaine fracasse » que Foch (1).

– Après la bataille du Grand Couronné, Fayolle prend la tête de   la 70e Division d’Infanterie (226e, 237e, 269e et 360e RI) – formée de Lorrains de la XXe Région Militaire – en remplacement du Général Bizart, limogé par Joffre. La carrière de Fayolle prend alors un tournant particulier puisqu’il va profiter de limogeages successifs pour gravir les échelons supérieurs.

– En octobre 1914, Fayolle et sa 70e DI rejoint Douai et participe à la première bataille d’Artois qui ne débouche sur aucune percée. Fayolle doit alors mener des combats d’attrition avec des pertes, à Neuvireuil, Oppy, Arleux-en-Gohelle, Vimy, Souches et Targette. A la fin de 1914, la 70e DI est envoyée dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette et réduit le secteur du Bois de Berthonval avant d’attaquer en direction de Carency et Albain-Saint-Nazaire mais ne peut atteindre la première localité.

– Le 9 mai 1915, le Général Fayolle est placé sous les ordres de Philippe Pétain qui commande le XXXIIIe Corps (Xe Armée) afin de participer à la Seconde Bataille d’Artois. L’ancien polytechnicien et l’ancien saint-cyrien apprennent alors à travailler ensemble et comprennent vite l’importance de l’artillerie dans une guerre d’un nouveau type.
Du 9 mai au 16 juin 1915, Fayolle mène sa division qui se distingue particulièrement tout comme le reste du XXXXIIIe. Ainsi, au prix de combats difficiles, il s’empare de Carency, d’Ablain-Saint-Nazaire et de sa sucrerie. Il attaque ensuite Souchez mais ne peut déboucher, faute de réserve.

– Toutefois, en dépit de l’échec de la première bataille d’Artois, Fayolle est maintenu par Joffre dans les cercles de commandement et obtient sa seconde étoile de Général de Division. Mieux, le 21 mai 1915, il remplace Pétain à la tête du XXXIIIe Corps (55e, 70e et 77e Divisions d’Infanterie). Celui-ci participe le 25 septembre 1915 à la dernière offensive coûteuse dite de « grignotage » de Joffre en Artois (Troisième bataille d’Artois). Avec des pertes, les soldats de Fayolle attaquent sur la ligne Souchez – Carleul – Givenchy – Cinq chemins et luttent durement pour s’emparer de leurs objectifs. Malgré de belles percées dues à une bonne utilisation d’artillerie, les soldats français réussissent à s’emparer du Bois de la Folie, de la Ferme de la Folie mais buttent, faute de réserves suffisantes, devant Neuville-Saint-Vaast et Souchez. Et la guerre de position reprend ses droits jusqu’au début de l’année 1916.

Le 21 février 1916, Fayolle – alors promu Général de Corps d’Armée – cède le commandement du XXXIIIe Corps au Général Alphonse Nudant pour prendre celui de la VIe Armée, composante du Groupe d’Armées du Nord (G.A.N) que commandeFerdinand Foch. Afin de soulager le Front de Verdun, Joffre et Haig prévoient de lancer une grande offensive sur la Somme entre Bapaume et Péronne. Fayolle a sous ses ordres le Ier Corps d’Armée Colonial de Pierre Berdoulat (2nde, 3e et 16e Divisions d’Infanterie Coloniale, Division Marocaine et 99e Division Territoriale) qui forme sa gauche (nord) et à droite (sud) le XXXVe Corps de Charles Jacquot (37e, 53e, 61e et 121e Divisions d’Infanterie), récemment formé à partir du 6e Groupe d’Infanterie de Réserve.

– Après un déluge d’obus, l’assaut français démarre à la suite des Britanniques au toutdébut du mois de juillet. Pressé par Foch, Fayolle réussit à faire progresser ses deux corps d’armées de près de dix kilomètres durant tout le mois de juillet, obtenant – au prix de très lourdes pertes – de très honorables résultats. Avec les Tirailleurs, les Légionnaires et les Zouaves, le Ier CAC réussit à s’emparer de Dompierre, de Becquincourt, de Frise, du Bois de Méréaucourt, d’Herbécourt, du plateau de Flaucourt, de Belloy-en-Santerre. De son côté, le XXXVe corps réussit à conquérir Chaulnes et Estrées. Dans les premiers jours de juillet, les Français ramassent 12 000 prisonniers allemands. Malheureusement, l’offensive de Fayolle ne peut aboutir, là encore faute de réserves suffisantes, ce qui permet aux Allemands d’acheminer des renforts. Du coup, à partir du mois d’août, la VIe Armée fait peu de progrès mais le Ier CAC réussit à accrocher les rives du Canal du Nord et les abords de la route Bapaume – Péronne. Enfin, l’automne, le XXXVe CA réussit à prendre Vermandovillers, Soyécourt et Dénicourt.

– L’échec d’ensemble de l’offensive franco-britannique sur la Somme fait deux victimes ; Joffre, remplacé par Nivelle et Foch. En revanche, Fayolle n’est pas démis de ses fonctions et remplace Henri Gouraud au commandement de la IVe Armée le 14 décembre 1916 sur le Front de Champagne qui reste alors assez calme. Il ne reste que dix-sept jours à ce poste, cédé au Général Pierre Roques, pour remplacer Augustin Gérard à la tête de laIre Armée sur le Front des Vosges. Là encore, Fayolle se contente à un rôle de surveillance du front du Groupe des Armées de l’Est.

– Après le limogeage de Nivelle par le Gouvernement suite à l’échec de son offensive, Emile Fayolle succède à Pétain au commandement du Groupe d’Armées du Centre qui « coiffe » les IVe, Ve, VIe et Xe Armées. Pétain et Fayolle se retrouvent donc à collaborer directement afin de mettre en place les « offensives maîtrisées » qui laissent une plus grande place à l’artillerie dont on perfectionne l’emploi. Cette démarche, économe en sang, aboutit aux victoires localisées de la Malmaison remportée par le Général Paul Maistre.

– Le 16 novembre 1917, le Général Fayolle, secondé par Maistre, prend lecommandement des 6 Divisions Françaises qui sont envoyées d’urgence sur le Front italien après le désastre de Caporetto, enrayée en raison du manque de réserves suffisantes du côté austro-allemand pour exploiter leur percée. En coopération avec 5 Divisions britanniques, Fayolle et Maistre réussissent à limiter la catastrophe en reformant un front sur la Piave qui barre la route aux divisions ennemies. Les Français s’emploient aussi à reformer et réarmer l’armée royale italienne qui – hormis quelques bataillons d’Alpini et d’Arditi – se trouve dans un état particulièrement lamentable.

– Lors du déclenchement de l’Offensive « Michael » en mars 1918, Fayolle et Maistre sont rappelés de toute urgence en France. Foch le nomme alors commandant du nouveau Groupe d’Armées de Réserve (G.A.R) qui a autorité sur les VIe et Xe Armées commandées respectivement par Degoutte et Mangin mais surtout sur 55 Divisions d’Infanterie et de Cavalerie, ainsi que sur plusieurs régiments d’Artillerie et du Génie. Fayolle se trouve donc à la tête d’une véritable réserve opérationnelle, maintenue en arrière du Front. Au besoin, Pétain peut alors ponctionner plusieurs divisions ou régiments au G.A.R afin de colmater les brèches ou organiser des contre-attaques.
En grand technicien militaire, Emile Fayolle peut interagir avec les Britanniques de Haig et avec le Groupe d’Armées du Centre que commande Maistre pour empêcher les Allemands de percer sur l’Oise et sur la Marne. C’est Fayolle notamment qui articule les contre-attaques sur la Marne en juillet avec Degoutte et Mangin, ainsi que les contre-offensives dans l’Aisne et sur la Sambre à l’automne qui repousse les forces de Ludendorf jusqu’aux frontières du Reich. Le 14 décembre 1918, Fayolle et Mangin entrent dans Mayence.

– Le Général Fayolle entre au Conseil Supérieur de la Guerre en 1920 et reçoit son bâton de Maréchal de France en 1921. De 1921 à 1924, il est nommé à la tête de l’Inspection Général de l’Aéronautique. Il accomplit sa dernière mission au Canada afin de remercier le Dominion pour sa participation à la Grande Guerre. Il se voit notamment remettre le Drapeau du 22e Royal Régiment formé de Canadiens français. Après cela, ayant largement dépassé la limite d’âge, le Général Fayolle se retire de la vie militaire.
Ce grand chef de guerre français s’éteint le 27 août 1928 à Paris. Sur proposition d’Alexandre Millerrand, l’Armée reconnaissante lui organise des funérailles nationales aux Invalides. Il a enfin laissé ses « Carnets secrets de la Grande Guerre » comme témoignage de ses commandements et responsabilités successives.

(1) : Voir : NOTIN Jean-Christophe : Foch, Perrin

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